Bangkok > Siem Reap, le salaire de la peur

Antonio me dit, “te fais pas *biiip*, prends ce *biip* de BTS, t’arrives direct à l’aéroport, pas besoin de passer par ces *biiiip biiiip* de tacos”. Antonio, c’est ce gars un peu particulier que j’ai rencontré dans un taxi à Yurimaguas, un bled d’Amazonie. Il m’a rejoint quelques jours à Bangkok. De base, ça me plaisait pas. J’ai horreur qu’on me donne des conseils, surtout quand ça vient d’un alcoolique, c’est le meilleur moyen de se planter. Mais en ce moment… Je ne sais pas, je ne sais plus. Je suis “las”. Aucune envie de réfléchir, aucune envie de chercher, aucune envie de vérifier. OK, va pour le BTS. Je quitte en retard mon quartier minable après une dernière margarita bien méritée, hèle un taxi et une heure de bouchons plus tard, me voici dans le BTS.

DSC06321-3Le BTS, c’est le métro de Bangkok. Il est ultra moderne. Il y a des petits dessins de pieds par terre pour t’expliquer que tu dois faire la queue. Ils ont même embauché un type pour ranger tout le monde (un peu comme au Japon), mais au final quand la rame arrive, toute cette bonne volonté est concassée telle une vulgaire olive. On se croirait à Marseille. Les files d’attente se désintègrent, les gens se précipitent dans la rame telle la misère sur le monde tout en piétinant les pauvres êtres qui tentent de s’en extraire. Ca se marche dessus, ça se méprise. Familles, amis, tout cela n’est plus qu’un vague souvenir, une rumeur. Je broie un thaï à la calvitie naissante, une étudiante dégaine son smartphone 5.5″ pour échapper à cet enfer et poste en urgence une image de chat sur son messenger, ça pue la sueur, un type se frotte frénétiquement le crane, on dirait un klebs bruxomaniaque. Je me dis que c’est sûrement dû à la dilatation des vaisseaux de son cuir chevelu sous le coup du stress, j’ai lu ça un jour quand j’étais petit. Du coup je le fixe l’air inquisiteur, histoire de lui faire comprendre qu’il est minable, c’est mon côté connard. Personne ne pipe mot. L’ambiance est pesante et désormais il est de mise de prendre l’air détaché, un peu comme quand tu prends l’ascenseur et que tu regardes ta montre moche ou ton smartphone. Pas de notification Facebook depuis 30 secondes ? On est jamais aussi seul que dans un métro.

Je lis le nom de l’aéroport  sur mon billet : “suuuuviiibaaabrumuninumi…” OK, et sur le panneau ya écrit quoi ? “Don Muuuuééanangueu”… Comme dans le parrain, laule. Je sens monter ce frisson d’angoisse le long de ma nuque. Ma correspondance arrive, la rame s’immobilise. Une foule hystérique tente par tous les moyens de s’introduire dans la rame pendant qu’une autre foule tout aussi hystérique tente d’y échapper. Ma technique est la même qu’en Europe, j’imagine qu’il n’y a personne en face de moi. Je sors en trombe, avec l’exacte vitesse et les exactes foulées que j’emploierais en étant seul. Ca grogne. Au coin il y a cette nana qui… Qui attend au milieu de rien.

  • Excuze mi, but aye nide to go to ze airporteu, beut itz noteu ze sayme nayme, ouat ze feuk plize ?
  • hahahaha sir, TWOUH airporteuhh hahaha…  You nideuuuhh to taYkeuhhh teuuuxiii.

Je tcheck ma Timex Ironman 1984, il me reste 30 minutes avant la fin des enregistrements. Si le ladyboy dit vrai, l’aéroport est de l’autre côté de la ville, à 40mn de route par temps clair, sans embouteillage, sans rien, avec le  vent dans le dos, mais aujourd’hui Bangkok est un cauchemar. Peut être qu’il y a 50% sur les soapy massages je ne sais guère, mais ça ne flaire point l’effluve de la réussite, la senteur du GAGNANT GAGNANT. Je me précipite à l’extérieur du BTS. Derrière moi, un sac de 60 litres, devant un 28 litres, je cours, dévale les escaliers et vois un jeune mec avec une coupe “dans le vent” assis sur un scooter de BG, il boit un “ICE” moca :

  • IF AYME IN SUUUVVVIBARBaTUMUMIINIMI AIRPORTE BIFORE SEURTY MINUTZ’, YOU WIN FOUR UNDRED’ BATZ, DO WAT YOU WANT AYME NOT EUFRAIDE, AYM A BIKEUR  IN MAÏ OWNE COUNTRI
  • OK sir, here we go.

J’enfourche le scoot du mec avec les deux sacs, il part comme une balle sur le trottoir à contre sens. Je ne porte pas de casque, je suis en T-Shirt, le type est vraisemblablement un psychopathe, je commence à reprendre espoir. Il fini par sauter ce putain de trottoir à une vitesse approximative de 380km/h et coupe un carrefour en zigzagant entre 3500 scooters, on est enfin dans le bons sens. Mais Bangkok est blindé… Il remonte tant bien que mal l’interfile, les secondes s’égrainent bien trop vite à mon gout.  Je sais pas pourquoi, je pense à cette crevure d’Antonio, grimaçant, il me montre le bout de son vieux nez “ça sent pas bon !”. Le gars se met alors à causer  :

  • Sir ! If we go on da supah highroad, it’s possibeuuul !!

Il pose alors son index à plat sur le compteur en exerçant ce qui me semble bien être une sorte de rotation. Avec sa bouche, il produit un son aux premiers abords énigmatique, que je pourrai retranscrire par “WUUUUUIIIINNNN !!! WUUUUIIIIINNN !!!”. Je crois comprendre que le mec veut prendre l’autoroute avec son scoot, et qu’il pourra de fait, envoyer du supah lourd. Vas y mec, feu vert. Nous nous engouffrons à MAC 2 sur l’autoroute bondée, il prend la bande d’arrêt d’urgence façon missile sol sol, une sorte d’RPG7 en Irak, mais dans le bon sens. Les caisses à l’arrêt défilent si vite, ce moment est poétique. Je repense à cette fois où en retard, comme d’habitude, je ramenais Emmanuelle et son sac de 30kg à 240 direction St Charles, sur la petite bande de 50cm entre la voie de gauche et le terre plein central. Ah la jeunesse.
Je devine enfin l’aéroport au loin, je tchek ma montre, il reste 5 minutes, tout est encore possible, le type tape un frainage de gredin, je lui lâche ses 400 bahts bien mérités et pars en courant direction le guichet AirAsia, il est 18h50, mission accomplie.

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4 commentaires

  1. Bien joué !
    Qui ne tente rien n’a rien !

  2. Merci bien, yes je suis bien d’accord, faut toujours essayer, même quand ca paraît foutu, au pire il en restera une anecdote tordue.

    Qui es-tu au fait ? Claudia ?

  3. Décidément tu as du mal à être à l’heure pour prendre l’avion 😉 Ce jour là la destination était moins exotique. Souvenir? Ce doit être ton karma.

  4. Oui je pense que c’est ma destiné, rater les avions, les trains, les barques. Suffit que je prenne la confiance pour que tout foire. Elle est là, elle plane comme une ombre nocive « la nullité ». Mais faut reconnaître que rater un avion pour le Havre, ca à quand meme du panache. Une petite douceur, certes dangereuse, les meilleures.

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