Première journée à Huaraz

 

NOTA : j’ai écris cet article le mois dernier avant de le balancer à la corbeille le trouvant particulièrement nul. Puis mettant le blog à jour tout à l’heure (nouvelles photos), je suis retombé dessus par hasard et il m’a fait rire. Je partage donc cette nullité avec vous.

Je me balade en ville au hasard, et une chose me frappe. Pas une pourriture de gringo à l’horizon. Nous sommes hors saison, d’accord, mais dans une ville de 130 000 habitants, ça fait bizarre. Je suppose qu’ils sont tous en train de gambader dans les montagnes, car on ne vient pas ici pour le style architectural ou la qualité de vie. Huaraz, c’est une sorte de Havre péruvien. Rasé par dame nature dans les années 70, puis redessinée par un architecte aveugle et dépressif, cette ville déclenche une irrépressible envie de fuir, loin, très loin vers l’horizon ou de se faire un sandwich au Lexomil

L’ambiance générale est faite de pollution, de motos taxis kamikazes, de rabatteurs déprimés, de coups de klaxons incessants et d’une farandole d’odeurs allant du pourri à la tambouille cancérigène.

La plaza des armas est un vivier à arnaqueurs en tous genres. Si vous souhaitez subir un rapport sexuel non consenti, le plus simple et de vous asseoir sur l’un des bancs et de sortir votre appareil photo. D’ailleurs ça ne manque pas. Je me plonge dans un bouquin et quasi immédiatement, je repère du coin de l’œil un vieux gars louche. Il est gras, porte un costume marron dégueulasse et s’approche doucement. On dirait bien qu’aujourd’hui, la proie, c’est moi. Il m’observe discrètement, du moins il essaie. Qui suis-je ? Ai-je du pognon ? Non, je suis sapé comme un clochard et avec cette tronche, impossible. Ce mystérieux sac à mes pieds contient-il un appareil photo d’une valeur équivalente au PIB du Paraguay ? Ou suis-je simplement un zonard de Lima ici pour la journée… Mystère ! Il se poste à deux mètres de moi et fait semblant de contempler la place, de profiter du ciel nuageux. Farniente !
Commençant à fatiguer, je l’observe ostensiblement, espérant déclencher quelque chose d’important. Désormais, je sais qu’il sait que je sais. Il décoche alors son plus beau sourire, et d’ici, je parviens presque à entendre le grincement de ses dents. En un instant, mon subconscient affiche 5 lettres de terreur : “Ricoh”. Ca parait presque évident en y repensant, soit ce type est un assassin, soit il est vendeur de photocopieur. Ca y est, il se lance. Tout en gardant son sourire BTS action commerciale première année, il se passionne pour moi. Qui suis-je, ou vais-je, ou dorme-je, dans quel état j’erre… Juste comme ça, pour savoir.

Aujourd’hui je suis un Polonais en vacance au Pérou chez un ami vivant à Lima. Je suis chômeur. J’aime beaucoup cette ville, d’ailleurs je suis arrivé ce matin par un bus de nuit et repars ce soir, toujours par un bus de nuit. Voyager c’est très cher, alors je ne suis au Pérou que pour une semaine.
Mon histoire semble le décevoir, je vois dans ses yeux qu’il est déjà passé à autre chose. Par chance son téléphone se met à sonner et j’en profite pour m’éclipser dans le seul musée de la ville. L’entrée est à 5 soles et je n’ai qu’un billet de 10. J’explique au gars que je n’ai pas de monnaie, il me montre alors sa caisse entièrement vide. Effectivement, il n’y a aucun touristes dans cette ville maudite.

Je continue ma balade et fini par me retrouver au milieu de nulle part avec un petit creux. Apparemment, je suis dans le quartier dédié à la mécanique, des types bricolent une bagnole sans age en pleine rue, un peu partout des montagnes de pneus sont érigées, telles des temples Moche caoutchouteux. Ca ressemble un peu aux Arnavaux. J’écrase une larme et m’enfonce dans un restau à locaux, le sol est crade, les murs sont crades, le plafond est crade, les tables sont crades. Je commande le menu du jour, il est à 3 soles. Pour l’heure, c’est le menu le moins cher de toute mon existence et franchement, il ne vaut guère plus. La cuisinière ne comprend pas trop ce que je lui veux, elle me regarde avec des yeux de merlan frit.

La TV joue “Les chtis à Miami”, version américaine, une des candidates a trop bu, elle vomit. De grosses mouches virevoltent autour de moi. Alors que je commence à somnoler, l’autre client du restau sifflote et tapote sur la table avec une petite pièce, c’est sa manière à lui de demander l’addition poliment. J’ai très envie de partir mais je traverse un de ces moments vide, ceux durant lesquels tel le lapin pris dans les phares d’une automobile, l’on reste immobile sans trop savoir pourquoi. Puis grâce à un effort hors du commun, je lève mon séant de ma chaise en plastique et surprends alors le cuistot et la cuisinière en train de se faire de petites bisettes. A ce moment là, beaucoup de choses traversent mon esprit. Je m’en vais ému et barbouillé.

De retour à l’hostel, je sursaute pour la 3ème fois de la journée en passant devant les mannequins de cire servant de déco. Mais d’où sortent-ils de pareils goûts de chiottes ?

4 commentaires

  1. Ton article est à ….. MOURIR DE RIRE!!!
    Pourquoi voulais tu le jeter?!

    Je rigole tout seul devant mon écran….
    Pauvre Fabinou!!

  2. J’ai fait un BTS action commerciale barnum de barnum, d’ou mon intérêt pour les gringos jilted perdus de perdus qui feraient mieux de ne pas sortir de leur sordide cave de sous sol de sous sol à lire du Pessoa dans leur intranquillité passagèrement passagère. A quoi sert un BTS action commerciale ? A rien bien entendu ! C’est pourquoi je ne suis pas allé à l’examen et ai préfèrer passer la nuit de la veille de la soutenance de la matière coefficient 10 avec mes amis clochards dans un squat. Au petit matin j’ai enfilé un costard cravate maigrement digne, direction l’abattoir, file d’attente parmis les motivés, futurs vendeurs chez GoSport, plus déprimant que des vendeurs de voiture de l’Arkansas. J’ai fuis sous des trombes d’eau et prétexté l’oubli de ma convocation me valant élimination de la compétition. Gueule de bois sous des cieux maudits, rincé par des trombes d’eau glaciales. Une vie nouvelle émergeait dégoulinante mais salvatriste. Ta description du resto ressemble à s’y méprendre avec Rina Pizza…tu serais pas à Orange par hasard. Tout ça sent le mytho, y’a pas de BTS action commerciale au Pérou !

  3. Merci mon bon Mathieu, tu es fort aimable !

  4. Un BTS action commerciale, dedieu, je savais que t’étais un mec louche, mais à ce point… Et dire que j’ai bu des bières avec toi. Heureusement que tu m’as envoyé chier tout ça. Remarque… Ca te branche d’ouvrir un bar minable en Amazonie ? On servirait des bières belges trop chères aux gringos, et nous on se bourrerait la gueule au camucamu sour tous les soirs.

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